« Au quotidien  » – Ateliers de Pratiques Artistiques avec l’artiste Marion Mounic

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La cuisine étant au centre de mes dernières recherches plastiques, j’ai le désir d’imaginer qu’elle sera également un prétexte à la rencontre durant les ateliers réalisés à la Faculté d’Éducation. Cet atelier est à considérer comme un moment d’échange et de solidarité avec l’ensemble des participants.

Jusqu’à présent lorsque j’évoque la cuisine dans mon travail plastique, il s’agit d’observer les opérations, les actions et les « gestes » techniques qui se définissent d’abord par leurs visées utilitaires et leurs intentions opératoires. Il s’agit alors d’un geste technique qui n’a que pour seule durée le temps où une nécessité commune les habite. Un geste qui émane d’un mouvement corporel que j’ai apparenté jusqu’ici à une forme de danse. Mais parler de gestes en cuisine est trompeur, il faudrait trouver un terme qui puisse englober à la fois les mouvements du corps et ceux de l’esprit, car l’activité y est tout autant mentale que manuelle.

Cette séquence de gestes culinaires qui participent à conserver la mémoire et la trace d’un passé à la fois proche et lointain m’évoque de fait des matériaux omniprésents dans mon travail plastique, et dans mon atelier tel que la céramique. Également omniprésente dans nos cuisines, des plus traditionnelles aux plus contemporaines, la céramique est sans doute le matériau encore le plus utilisé pour cuire ou servir nos mets. Souvent présente dans mes œuvres comme une matière qui fige un mouvement, qui lutte contre la disparition et, dans un même temps, la donne à voir, la céramique me permet de jouer de l’entre-deux, elle cache ce qu’elle montre et révèle ce qu’elle cache.

C’est avec cette une double capacité à mobiliser la mise en mouvement du corps ainsi que celle de l’esprit, que se dessine l’atelier.

Dans un premier temps, en interrogeant les ambiguïtés qui composent ces gestes si proches, de faire les plats et de les cuisiner, nous nous intéresserons à tout ce qui est sous-jacent à cette danse quotidienne et à toutes les dimensions qui la traversent (économiques, sociales, politiques, écologiques et historiques). J’imagine une phase d’écriture collective, qui révélerait les habitudes culinaires de chacun. L’écriture est constitutive de la cuisine. La recette, les écrits culinaires et leurs pratiques, sont en fait de réels témoignages de la vie et sont une conséquence de l’évolution de la société. Écrire la cuisine est donc devenu davantage une nécessité qu’une volonté de transmettre. Ces interpénétrations mutuelles entre cuisine et écriture me poussent à vouloir créer un dialogue entre les participants et serait un prétexte pour faire connaissance.

Cette phase d’écriture pourra également être un prétexte à des formes plastiques, comme un objet éditorial réalisé pour la dernière phase de la résidence, à savoir l’exposition regroupant les travaux réalisés à la Fde et à l’école maternelle Florian.

Dans un second temps et grâce à ce premier échange écrit, nous porterons un intérêt aux céramiques qui reflètent la manière dont les plats sont cuisinés, servis voire mangés. Le répertoire des ustensiles culinaires, et notamment ceux liés à la cuisson, répondent en effet directement au mode de transformation des aliments et donc à des choix techniques mais aussi culturels indépendants du type de ressources disponibles. De plus, la fabrication des marmites donne également lieu à des expérimentations qui permettent parfois de mettre la composition de la pâte argileuse en relation avec les performances de cuisson.

C’est donc en portant une attention particulière à la terre, que nous imaginerons des objets culinaires donnant vie à de nouvelles formes sculpturales et utilitaires à la fois. Ces formes contemporaines révéleront de manière holistique les sources et points d’ancrage des pratiques culinaires quotidiennes des participantes et participants. En effet, la cuisine constitue un marqueur identitaire d’autant plus pertinent que son approche est multifactorielle permettant ainsi la compréhension d’une organisation sociale et du système de pensée qui la sous-tend, ici l’atelier.

 

Marion Mounic

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